Dette française ... no futures !

Publié le par Poing rouge

La logique libérale

 

Conformément à la logique libérale de l’Union européenne, à partir du16 avril, les ventes à découvert sur les titres à long terme de la dette française seront possibles. Le site de l’Eurex  (European Exchange) l’indique dans ses dernières nouvelles.  Nicolas Sarkozy et l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) vont permettre d’ouvrir sur l’Eurex, le marché des dérivés, un contrat à terme, "future ", en anglais, sur les emprunts d’État français.

 

20120412EurexSite

 

Cette pratique avait fait l’objet d’une première interdiction en août 2011, prolongée en novembre pour trois mois. L’Union européenne, en février 2012, envisageait une réglementation de cette pratique mais c’est aux autorités nationales comme l’autorité des marchés financiers (AMF) qu’il appartient d’en proposer une interdiction provisoire (provisoire, libéralisme oblige !). Cette réglementation oblige les opérateurs qui recourent aux ventes à découvert "à nu" sur les actions et les obligations d'État à fournir la garantie qu'ils pourront livrer les titres qu'ils promettent. L’AMF, quant à elle, a décidé d’alléger le dispositif d’interdiction puisque le 13 février, elle a mis fin à l’interdiction des ventes à découvert sur les titres émis par dix grandes banques et sociétés d’assurance cotées à Paris (AXA, BNP, Société Générale, Crédit Agricole).

 

La spéculation

 

Les marchés redoutent les résultats de l’élection présidentielle, et 13 ans après la disparition du contrat Matif (le marché à terme des Instruments Financiers) la France sera de nouveau la proie de tous les spéculateurs.

 

Ce mécanisme spéculatif,"short selling" ou "shorting", consiste à vendre un titre dont on anticipe - c’est un pari - la baisse. Le vendeur s’engage à le fournir à un certain prix à une certaine date … Bingo !

 

Le vendeur n’est pas obligé de posséder les titres, ni l’argent pour acheter ce qu’il prétend vendre et contre une commission dite de règlement différé, il pourra payer dans vingt jours.

 

La vente peut se faire sans posséder l’intégralité de l’argent pour l’achat de titres. Il suffit de disposer de 20% de la somme pour les bons du Trésor, de 40% pour les actions, du montant total que l’on doit régler pour être en capacité d’acheter. Pour 1 000 euros de mise de départ, on pourra vendre à découvert pour 20 000 euros d’emprunts Français. L’espoir étant de faire un gain qui rende l’opération rentable.

 

Confiée à un programme informatique de trading automatique qui joue sur des écarts très resserrés et à de vastes échelles, l’opération amplifie la déformation des cours et gonfle la baisse. Les « marchés »  obéissent à des logiques d’opinion où la rumeur, l’affolement et l’excitation s’auto-alimentent.

 

 

Un combat politique

 

Dans sa chronique sur BFM, l’économiste Marc Fiorentino, ancien directeur de l’AMF qui n’est pas connu pour ses positions gauchistes, s’indigne :  “Quelle coïncidence! Treize ans après la disparition du MATIF, le marché à terme des instruments financiers, une semaine avant le premier tour des élections françaises, tous les spéculateurs du monde entier se dotent d’une arme fatale, bon marché, pour s’attaquer à la France…et vendre à découvert de la dette française ». 

 

Nous voici prévenus ! Les spéculateurs qui s’ennuyaient affûtent leurs armes pour donner l’assaut. Alors que la situation sur les dettes souveraines des États européens se détériore et que la récession sévit, le Front de Gauche juge la mesure très dangereuse. À quelques jours du premier tour, il y a donc deux logiques politiques qui s’affrontent : le libéralisme sans contraintes ou l’interdiction pure et simple des ventes à découvert, arme de guerre entre les mains des traders pour spéculer sur les emprunts français.  Il faut choisir : Sarkozy ou Mélenchon.

 

Aux urnes, citoyens !

 

Publié dans Lutte des classes

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