Présidentielle 2012 : Comment ne pas se laisser emporter par leur folie ?

Publié le par Poing rouge

Que retenir de cette élection présidentielle 2012 ? Un duel de conservateurs arbitré par 6 421 426 réactionnaires.

 

Les deux conservateurs ont en commun leur adhésion au néolibéralisme, l’ordre établi qui dit que la concurrence gouverne toutes les affaires humaines, publiques et privées.

 

Le conservateur sortant a contre lui son bilan, nécessairement néolibéral, mais qui heurta 1 695 034 réactionnaires qui lui avaient apporté leurs suffrages en 2007, encouragés alors par ses paroles volontaristes, et qui revinrent dans leur famille d’origine en 2012. Il ne recueillit sur son nom que 9 753 629 voix.

 

Le conservateur sortant avec ses manières d’oligarque russe choqua de nombreux Français, très attachés à la dignité de la fonction présidentielle. Il fut surnommé le "Président des riches ". À mi-mandat déjà, on lui préférait le directeur du FMI jugé plus fréquentable et dont la moralité économique, vertu cardinale en ce temps-là, ne pouvait pas être mise en doute.

 

Quand le directeur du FMI, victime d’un odieux complot, dut renoncer à la magistrature suprême, on redouta le pire. À l’automne, les socialistes se choisirent, après consultation des sondeurs, un nouveau héraut qui plut immédiatement aux Français, rassurés par son allure de syndic de copropriété. 10 272 705 d’entre eux le placèrent, au printemps suivant, en tête au soir du premier tour.

 

La gauche minoritaire mais rassemblée sur des positions anti-néolibérales, voire anticapitalistes, fit une bonne campagne et retrouva un socle électoral honorable. Éliminée au soir du premier tour, elle appela à chasser "l’homme du Fouquet’s".

 

En accord sur le dogme qui édicte qu’il faut gouverner pour le marché, les deux finalistes conservateurs se cherchèrent quelques combats de substitution, susceptibles d’intéresser les 15 856 875 Français qui leur préférèrent d’autres candidats au 1er tour.

 

Tandis que les syndicats organisaient leur défilé traditionnel du 1er mai "journée internationale des travailleurs" pour honorer la mémoire des victimes de la brutalité patronale, le sortant, dans un dernier assaut désespéré, rassembla les activistes de sa majorité silencieuse en s’écriant tel un général franquiste "Viva la muerte !".  Le prétendant, préférant la discrétion qui sied à son personnage, se recueillit en province profonde sur la tombe d’un défunt symbole du ralliement des "socialistes" au néolibéralisme, avant d’aller déjeuner chez la sous-préfète où il fit sourire de ses bons mots.

 

Syndicatsunis

 

Le même jour, quelques milliers de patriotes populistes et souverainistes se rassemblèrent autour de leur égérie pour célébrer le 600ème anniversaire de la naissance de  Sainte Jeanne d’Arc et l’agence Reuters annonça que « les ventes de voitures neuves au Japon avaient bondi de 92% en avril, soit la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée, qui s'expliquait par le fait que la base de comparaison -avril 2011- était le premier mois plein qui avait suivi le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. » 

 

Sombre printemps pour les progressistes, qu’ils aient voté Mélenchon, Poutou ou Joly, ou qu’ils se soient abstenus comme Badiou ou Rancière. Sombre printemps sur le front des luttes alors que partout en Europe les gouvernements néolibéraux sont à la manœuvre contre les salaires, les conventions collectives et le droit du travail.  Inéluctablement, jusqu'à la folie …

 

« Le capitalisme ne cesse pas de contrarier, d’inhiber sa tendance en même temps qu’il s’y précipite ; il ne cesse de repousser sa limite en même temps qu’il y tend »

 

Capitalisme et schizophrénie - L’Anti-Œdipe, Gilles Deleuze et Félix Guattari, Éditions de Minuit.

Publié dans Élections 2012

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